dimanche, avril 22, 2007

Deux pistes sérieuses pour le live forensique

Chose promise, chose due, voici enfin un article faisant la preuve de mon intérêt constant pour le live forensique.

Le RFC 3227 - Guidelines for Evidence Collection and Archiving recommandait, dès février 2002, que le premier élément de preuve à récolter dans le cadre d'une enquête forensique était la mémoire physique (la RAM) du système suspecté. Si le recueil de cette mémoire physique est peu à peu rentrée dans les procédures forensiques et de réponse aux incidents (IR), son analyse, quant à elle, reste problématique.

Lorsque j'ai quitté mon équipe IR voilà trois mois, cette analyse n'était réalisée qu'en cas de besoin impérieux de retrouver des mots de passe, adresses IP, adresses de messagerie ou URL, permettant de confondre un suspect contre lequel de fortes présomptions existaient. Pour cela, le binôme IR utilisait les outils strings et grep pour retrouver de tels éléments de preuve. L'analyse la plus "poussée" consistait alors en une exploration rapide sous bintext des mégaoctets de l'image de cette mémoire physique, afin de relever les chaînes de caractères ASCII pouvant avoir une quelconque utilité.

L'été 2005 avec son challenge forensique du DFRWS (Digital Forensic Research Workshop) a marqué une révolution pour les chercheurs INFOSEC de la planète qui se sont pris d'intérêt pour le live forensique. Sur le terrain, c'est en fait la tendance lourde des codes malveillants (virus et rootkits et autres malwares de dernière génération) à empêcher leur analyse statique via les techniques anti-forensiques qui ont amené les équipes IR et les enquêteurs forensiques à vouloir se doter d'outils puissants pour analyser efficacement cette mémoire physique, seule détentrice d'éléments non chiffrés (non-cryptés, pour utiliser un anglissisme) de ces malwares.

L'année 2006 a vu l'apparition publique des premiers outils d'analyse live fonrensique. Les uns bâtis sur l'accès à l'objet \Device\PhysicalMemory, les autres s'appuyant sur le contenu du fichier crash dump généré par les systèmes Windows après un BSoD (Blue Sreen of Death). Deux problèmes techniques sont actuellement à prendre en compte pour le choix d'une de ces familles d'outils :
- à partir de la sortie du service pack 1 de MS Windows 2003 (printemps 2005), l'objet \Device\PhysicalMemory n'est plus accessible à partir du mode utilisateur
- à l'exception de Windows 2003, les systèmes MS Windows génèrent par défaut un crash dump de taille insuffisante (il en est de même pour Windows Vista RC1)

Après avoir fait le tour de quelques outils, ma préférence va à la famille bâtie sur les crash Dump. Il est vrai qu'elle convient d'avantage à une équipe IR qui peut se permettre d'imposer de grandes images crash dump aux serveurs MS Windows sous sa responsabilité, plutôt qu'à un enquêteur forensique envoyé auprès d'un quelconque système suspect. Voir pour cela l'article de la base de connaissance Microsoft ici.

Afin d'affiner mon expérience en la matière, je pense à très court terme (dès la semaine prochaine) travailler sérieusement sur les deux pistes suivantes :
- l'outil Kernel Memory Space Analyzer de Microsoft
- une extraction à l'aide de l'outil LiveKD.exe et sa commande .dump /f fichier-dump.dmp à partir d'un système distant ou d'un système dont la fonction ou la fragilité le rendent impossible à crasher.

D'ici là, il me reste à préparer le TOEIC que je passe à la fin de cette semaine ! ;-)

vendredi, avril 20, 2007

Sur la perception

Ayant quitté mon équipe IR depuis plus de trois mois, je me prends à philosopher par manque de cas croustillants à me mettre sous la dent (une des raisons pour lesquelles je délaisse ce blog, sans aucun doute). La vieillesse me gagne peut-être ou serait-ce l'ennui ??

Devant rapidement trouver un nouveau job pour nourrir ma petite famille, j'ai dû réviser mes classiques INFOSEC, afin de ne pas sécher bêtement devant une question basique. En effet, après une vingtaine d'entretiens, je n'ai eu aucune question relative au live forensique ou à la réponse aux incidents ! Il faut dire que ces sujets semblent d'avantage faire partie de la recherche expérimentale que des bonnes pratiques ITIL ou autre standard à la mode... Toujours est-il qu'en révisant ces fameux classiques, j'ai eu soudain un doute vertigineux vis à vis des fondements même de l'INFOSEC tels qu'on me les a enseignés voilà plus de dix ans.

Lorsque j'étais encore étudiant en mathématiques appliquées (voila deux éternités...) j'ai subi la torture mentale infligée par un spécialiste de la logique formelle. Outre de violentes migraines, je me souviens essentiellement du théorème de Gödel, qui démontre l'assertion géniale suivante : "Au sein même d'un système, il est impossible de démontrer logiquement les points de départ."

Pour l'INFOSEC, cela peut signifier que les définitions de base (la sécurité, l'équation du risque, les menaces...) sont uniquement de simples perceptions et des valeurs arbitraires !

Or, lorsque l'on connait la part non négligeable qu'ont pris les spécialistes de l'assurance financière dans la genèse de l'actuelle doctrine INFOSEC, notamment dans la gestion des risques, il y a lieu de s'inquiéter. Pour s'en convaincre, il suffit de passer en revue les méthodologies d'analyse de risque à notre disposition. En France, EBIOS et Mehari sont des exemples flagrants de systèmes pseudo-scientifiques - si courants dans l'analyse financière - qui sont bâtis sur du vent et dont le résultat ne repose que sur l'expérience et le pragmatisme de celui qui les met en oeuvre. Ce qui requiert une compétence très poussée en programmation neuro-linguistique. ;-)

Je connais une bonne dizaine de définitions du concept de sécurité appliqué à l'INFOSEC. Cependant, celle que je préfère n'est préconisée ni par les instances de standardisation, ni par notre très haute autorité française : la DCSSI. Il s'agit tout bêtement d'une définition utilisée depuis une trentaine d'années dans le monde du renseignement qui, contrairement au monde de l'assurance financière, possède un encrage évident dans la réalité. Cette définition est la suivante :

La sécurité est le processus du maintien du risque perçu à un niveau acceptable.

Rien de bien nouveau me direz-vous, il fait simplement de l'esbroufe, sachant qu'il n'a plus grand chose à dire sur le sujet du live forensique. Peut-être, bien que je garde encore quelques cartes dans ma manche... Mais, il y a une notion qui peut paraître anodine au premier abord dans cette définition, mais qui change pourtant toute la donne. Il s'agit de la perception.

Pour un esprit français, baigné depuis sa plus tendre enfance dans la logique carthésienne, la dialectique et le raisonnement, la perception reste un élément secondaire de la réflexion. La pensée critique reste le nec plus ultra en Occident, et surtout dans notre beau pays. Il suffit pour cela d'écouter, même d'une oreille très discrète, les derniers discours de la présidentielle...

La perception est pourtant une clé, et même la clé, pour comprendre le concept de sécurité. Pour un analyste INFOSEC, la perception est la partie la plus importante de sa réflexion. En fait, toutes les erreurs que j'ai rencontrées avec mon équipe IR provenaient d'erreurs de perception, dues très souvent au stress, au manque de sommeil et surtout à une trop grande précipitation. En pratique, les erreurs de logique sont rares dans l'analyse INFOSEC. Malgré tout, nous avons appris en tant que fiers enfants de Descartes que réfléchir consiste uniquement à éviter les erreurs de logique.

Ainsi, si l'on s'attache à la perception du risque et non simplement au risque dans un système absolu, on peut alors se concentrer sur les menaces et non plus uniquement sur les vulnérabilités. Lorsque l'on observe les listes de diffusion INFOSEC que cela soit dans notre pays ou encore dans les pays anglosaxons, on voit que la majorité de notre attention est focalisée sur les vulnérabilités découvertes par les chercheurs INFOSEC.

Pour ne pas ajouter un troll à mon actif (et surtout pour ne pas blesser la susceptibilité d'un de mes uniques lecteurs), je tiens simplement à dire qu'il est vain de courir après toutes les vulnérabilités que l'on nous sert chaque semaine. Il faut en fait se concentrer sur les menaces qui nous concernent, comme le font les professionnels du renseignement depuis des années.

Mon expérience en la matière est que l'étude des groupes possédant la capacité et l'intention de nuire à une organisation est bien plus importante (et bien plus utile) que d'essayer de patcher toutes les vulnérabilités qui apparaissent. Il suffit pour s'en convaincre, de faire une pause en reconsidérant les dernières vulnérabilités zéro-days qui viennent d'être publiées à la veille de nombreuses mises à jour de produits de sécurité et des conférences INFOSEC printanières (Oups, j'ai encore trollé :-).

L'étude de tels groupes reste très confidentielle. J'ai relevé dernièrement un post assez proche de cette thématique ici. Si vous en connaissez d'autres, je suis preneur.

vendredi, mars 16, 2007

Faut-il se préparer à la "dématérialisation des malwares" ?

Si le recueil de la mémoire physique nous permet d'obtenir un élément de preuve solide de la présence d'un malware, encore faut-il pouvoir l'étudier avec précision afin de répondre aux éternelles questions que sont les Quoi, Quand, Où, Comment et même les Pourquoi et Qui.

En l'état actuel de mes connaissances, je reste dans l'attente d'un outil de live forensique vraiment opérationnel, mitonné par l'un de nos chercheurs INFOSEC (et oui, je les adore, en dépit de mon odieux troll précédent !!). En ce moment même, je me surprends à scruter avec anxiété les programmes des futures conférences INFOSEC, à la recherche de la perle rare. Je me suis même inscrit sur fond propre au SSTIC, afin de ne pas manquer une présentation très prometteuse sur le sujet. Il faut dire que j'ai loupé les deux dernières éditions...

J'ai la conviction que le recueil de la mémoire physique va devenir la méthode la plus puissante et surtout la plus rapide pour vérifier la présence d'un malware sur une machine suspecte. Le seul bémol est qu'il nous faut aujourd'hui trouver un moyen d'accès à l'objet \\Device\\PhysicalMemory sur les nouveaux systèmes MS Windows (post 2003 SP1).

En fait, beaucoup critiquent le live forensique en affirmant que rien ne vaut le RCE (Reverse Code engineering) en compagnie d'Ida et d'Olly et de tous leurs copains plugins, et que, de toute manière, l'image obtenue par le recueil de la mémoire physique est tellement déformée, qu'elle est inexploitable dans la vrai vie.com !

J'utilisais essentiellement le recueil de la mémoire physique dans le cadre de procédures IR, et non pas pour étudier à fond un malware. Mon objectif, alors, était uniquement de confirmer sa présence (on ne fait pas dans la dentelle, lorsque l'on ne dispose que de 50 minutes). Je ne pratique plus l'IR depuis plus d'un mois et me limite aujourd'hui à l'étude de spécimens "en dur" à l'aide de bonnes vieilles techniques de RCE. C'est déjà pas si mal, et cela me permet surtout de me tenir informé des nouvelles tendances.

Mais, il me vient toujours en tête le cas hypothétique du "malware tout en mémoire", forgé spécialement pour une victime particulière et qui surtout n'a jamais été diffusé à grande échelle ! Vous me direz qu'un tel animal si dématérialisé ne coure pas les rues et que, de toute façon, tout ce qui est en circulation provient de POC connues et reconnaissables (Proof of concept et non Point Of Contact...).

Mais, imaginez que cela devienne la norme ! on ne pourrait plus en attraper un dans un honeypot ou dans l'enregistrement d'une cession TCP non chiffrée réalisé par son IDS favori (Snort et Sguil le font très bien, même si Sguil est une véritable galère à installer sur Linux). Nous n'aurions plus alors que son image en mémoire physique pour l'étudier, à la condition que nous disposions des procédures IR adéquates. Ce qui est encore loin d'être le cas partout...

lundi, mars 05, 2007

De la guerre de l'information

La sécurité n'existe pas dans la nature. Aucun animal ne serait assez fou pour se sentir hors de tout danger. Nous sommes l'unique espèce connue qui pense être en mesure de trouver le bien-être à travers la technologie ! Quelle gloire...

J'ai trop souvent rencontré de ces professionnels de l'INFOSEC - adeptes forcenés de cette croyance - qui investissaient des sommes folles dans les derniers équipements INFOSEC à la mode, à la joie des équipementiers de tout bord. Il est vrai que les gourous de la prospective technologique ne connaissent aucune limite, tant la loi de Moore est ancrée dans nos mentalités.

Cependant, concernant l'INFOSEC, je suis de plus en plus agacé par cet engouement idiot de la nouveauté ! Mon opinion est que nos chers spécialistes de la prospection INFOSEC - connus en France sous la superbe appelation : Chercheur en sécurité informatique - devraient d'avantage se pencher sur l'engouement inquiétant pour les pratiques de la guerre de l'information que sur les toutes dernières technologies que sont actuellement la virtualisation (le nième retour du mainframe) et les VoIP-ToIP (la convergence ratée par le RNIS/ISDN voilà quelques années, faute d'un leader gargantuesque comme Cisco).

L'explosion des activités d'intelligence économique masque mal des comportements douteux rappelant d'avantage une Sale Guerre qu'une mission de casques bleus... La transposition des techniques guerrières à l'économie n'a malheureusement pas été suivie du code éthique qui doit les accompagner pour ne pas tomber dans une application littérale de la loi du Talion. Et ce n'est pas la lecture de Sun Tzu par nos capitaines d'industrie qui va inverser la tendance !

La guerre nous apprend que la véritable force ne réside pas dans notre capacité à accroître le degré de violence, mais dans celle de la maîtriser.. Au delà du cliché de la frappe chirurgicale, pratiquer une guerre de l'information raisonnée pourrait simplement signifier savoir répliquer en limitant au maximum notre degré de violence.

Pour ne pas être une victime, le mieux est de ne pas paraître vulnérable. C'est le vieux concept de la dissuasion. Une bonne sécurité passive est ici l'un des meilleurs moyens que je connaisse. Encore faut-il avoir mener une analyse de ses vulnérabilités et un changement drastique des mentalités.

Concernant cette dernière tâche, mon axiome préféré - appartenant à la guerre de l'information - est le suivant : "Si vous ne pouvez pas protéger vos informations, vous ne pouvez pas les partager." Il est vraiment simpliste, mais je suis intimement persuadé que s'il était vraiment mis en pratique par nos armées d'opérationnels, on compterait moins de cyniques ou de dépressifs dans les rangs des pro de l'INFOSEC...

En dernier ressort, reste la loi. Les délinquants en col blanc réflechissent à deux fois avant de vous attaquer, si vous avez fait la preuve que vous êtes en mesure de saisir la justice avec efficacité ! Et voila, je suis retombé sur les thèmes de la réponse aux incidents et le forensique - cqfd...